GROENLAND

 

« Farvel signifie « adieu » en danois. « Bye bye Farewel » chantaient les baleiniers écossais après la rude saison de pêche. Bye bye Farewel !  »

SYNOPSIS

Groenland. Trois protagonistes. Un père, une mère, leur fille de 20 ans, Lola. Au moment du covid en 2020, le cousin Fredo leur demande de rapatrier son trawler, la range rover des mers, à Lorient, au départ d’Ilulissat en baie de Disko, sur la côte ouest groenlandaise. Fredo aurait voulu faire le fameux passage du nord-ouest, reliant l’Arctique au Pacifique. Il a dû abandonner son projet pour cause de maladie.
En ce mois de juillet de 2020, alors que le Groenland est déclaré green zone, libre de covid, le trio débarque à Ilulissat. Fasciné par la tranquillité majestueuse des icebergs de la baie de Disko et de son glacier Jacobshaven classé au patrimoine mondial de l’Unesco, il prend en main le bateau nommé Ariimoana, « le roi des mers ». 
Puis commence la descente le long de la côte groenlandaise. La météo n’est plus au beau fixe comme en  baie de Disko avec ses jours éternels, les icebergs nombreux, les hauts fonds non signalés et la bruine quotidienne.
Au rythme d’une navigation parsemée de rencontres, baleines et phoques, découverte du pays groenlandais, province autonome danoise, avec ses Inuits pêcheurs de flétans, chasseurs de phoques et de bœufs musqués, bercés par une langue incompréhensible dont la musique devient envoutante. Le trio arrive au cap Farvel, à l’extrémité du Groenland. 
Farvel signifie « adieu » en danois. « Bye bye Farewel » chantaient les baleiniers écossais après la rude saison de pêche. Bye bye Farewel ! Et c’est le grand saut de l’Atlantique nord pour l’indéfectible trio, poussés sur des mères cubes d’eau salée qui les balancent de dorsales en  plateaux sous-marins, traversée des légendes, l’Atlantide, rencontre des dauphins de Rockall, sur plus de sept jours de mer sans voir âme qui vive.
Un jour cependant, ce sera « terre ! terre ! ». La conscience climatique aura été éveillée. Le Groenland rencontré et aimé deviendra un compagnon de vie et un maître à penser.
 

Un jour cependant, ce sera « terre ! terre ! ». La conscience climatique aura été éveillée. Le Groenland rencontré et aimé deviendra un compagnon de vie et un maître à penser.

EXTRAIT

Groenland, P.71. 
« Vendredi 24 juillet 2020. Passant par le goulot de sortie du port d’Ilulissat, l’Ariimoana vire légèrement à tribord, contournant les collines Polaroil, entre le rectangle riveté de poutres métalliques du Hvide Falk et la petite île en forme de chameau allongé…
S’étale alors, à 180 degrés, parsemée d’icebergs découpés par le soleil, aux teintes allant du blanc immaculé au bleuté, la surface bleu marine lisse de la mer de la baie de Disko, immense lac marin à peine irisé par une légère brise, délimitée au loin par le feston de collines de Qeqertarsuup (« la grande île »). 
Et pour saluer notre départ d’Ilulissat, la surface de l’eau se soulève à une centaine de mètres à bâbord, et les formes fuselées et sombres, de deux baleines, surmontées de l’aileron dorsal signalant leur tête par le fameux jet de vapeur qu’elles expulsent en respirant, font blanchir l’eau aux bordures. 
On voit simultanément l’évent et l’aileron dorsal – c’est donc une baleine de Minke, à museau pointu, ou Balaenoptra, la baleine la plus courante ici au Groenland, dans le détroit de Davis, plus petite que la Baleine boréale, ou Balaena mysticetus –, 14 à 20 mètres pour cette dernière contre 7 à 10 mètres pour la Minke – mais bien baleine, avec ses centaines de fanons de chaque côté de la bouche qui filtrent le plancton. 
Dans une majestueuse ondulation de leur queue doublement lobées qui se dresse à la surface de la mer, après avoir respiré 7 à 8 fois en quelques minutes, les deux baleines disparaissent. En moins d’une heure, grâce à leurs poumons qui s’affaissent sous la pression et transfèrent leur oxygène dans les tissus musculaires grâce à une protéine nommée myoglobine, qui donne cette couleur rouge vif, presque noir à leur chair, et instaure une forme de respiration sous-marine, elles descendront à plus de cent mètre et remonterons. 
Après les souffrances de la baleine en barquettes de polystyrène, Lola, debout sur le pont avant, jouit du pur plaisir de cette «rencontre » pacifique entre l’homme et la baleine : la baleine évolue devant elle, montrant sans le vouloir un moment de son existence, qui a commencé bien avant, et finira bien après elle, et Lola reçoit ce spectacle involontaire comme un pur cadeau. Le hasard préside à cette rencontre esthétique, et l’important, me dira Lola, c’est le respect pour cet univers animal, sans chasse ni prédation, une vie qui a tout autant d’importance que la nôtre, mais qui est plus pure, plus simple, moins cruelle. »
 

INTERVIEW

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Question de Diana Delahaye

Exode Urbaine

Comment justifies-tu que le Groenland ait éveillé ta conscience climatique ?

Habituée à la Méditerranée je n’avais pas pris conscience de toutes les implications de l’expression : « réchauffement climatique ». Oui, il fait plus chaud. Aujourd’hui, il fait aussi chaud sur les plages normandes du débarquement, que sur la côte d’Azur. Et sous un certain point de vue, formidable… !

Or au Groenland, il y a une réalité incontournable : l’omniprésence de la glace. Le Groenland a la deuxième plus grande masse de glace sur terre après l’Antarctique. 

Qu’est- ce que cela veut dire ?

On peut faire cette expérience : mettre en  même temps dans une soucoupe un glaçon et un Playmobile – ces petits personnages de 1,5 cm de haut pour les enfants. Tant que le glaçon ne fond pas, le playmobile n’a pas les pieds dans l’eau. Quand le glaçon fond, il a les pieds dans l’eau. Et si on rajoute un autre glaçon, l’eau lui arrivera aux chevilles, puis un glaçon supplémentaire, aux mollets. C’est exactement ce qui va arriver avec le réchauffement climatique, mais avec des humains qui vivent, des familles, des enfants, des animaux… On calcule que pour chaque centimètre d’élévation de la mer, 6 millions de personnes sont exposées. D’ici 2100, le niveau des océans sera monté de plus de 67 cm, menaçant 402 millions de personnes ( l’équivalent de la population de l’Europe ou des Etats-Unis). Ainsi, au Groenland, la vie au milieu de la glace fait réfléchir et vous vous dites :

Il faut effectivement limiter le réchauffement climatique. Au Groenland, les enjeux du réchauffement climatique sautent aux yeux.